Ach ! la démocratie *

Jusqu’à présent les voyous réglaient leur compte  avec des armes de calibres différenciés.

Le 6.35 pour les petits bras ou pour les crimes passionnels

Le 7.65 déjà plus adapté à certaines situations conflictuelles

le 7.62 qui , expulsé à haute vitesse du canon des kalach fait des ravages dans nos banlieues, vraisemblablement pour des règlements de compte expliquent avec prescience les parquetiers de service, et nous prive de grands espoirs pour l’avenir.

Le 11.43, lourd et encombrant, mais d’une efficacité redoutable dans la guerre des gangs ou « pour de rire » dans les Tontons Flingueurs.

Désormais il y a le 49.3 pour faire taire toute velléité de contestation démocratique.

Rembobinons le fil.

Pendant la campagne des présidentielles Manu annonce une réforme des retraites sans trop en préciser les contours et la finalité. C’est de bonne guerre, nous sommes en campagne électorale et on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre.

Pendant deux ans un certain Delevoye, déjà lourdement handicapé par de nombreux revirements politiques ou par un audit accablant de sa gestion du CESE, est chargé par Edouard Philippe, également traitre à son camp et gestionnaire très dépensier de la commune du Havre et de sa communauté d’agglomération, de nous concocter une réforme aux petits oignons.

Deux ans de palabres, de consultation et même, parait-il, de concertation pour nous sortir houdinesquement du chapeau, un rapport dont à propos duquel personne ne tarit assez d’éloges. Edouard Philipe se pâme sur les marches de Matignon, les médias aux ordres (pléonasme) crient au génie, les play-mobiles de l’assemblée nationale sont maraboutés.

Bref, même le retour des 100 jours n’avait pas suscité autant d’engouement.

Il y avait bien, ici ou là, quelques mauvais coucheurs qui osaient, bien ce fût une promesse de Jupiter, apporter quelques contestations vite dénoncées. 

Il semblerait en effet que la nouvelle règle politique du nouveau monde soit d’interdire toutes réflexions contradictoires dès lors que le monarque met en oeuvre ses promesses de campagne, dont tout un chacun sait qu’elles sont préalablement et parfaitement étudiées, maitrisées, fiabilisées, financées.

Ainsi tout le monde a en tête le « mon ennemi c’est la finance » ou plus récemment la suppression de la taxe d’habitation dont le financement de la compensation aux communes se fera par transfert d’une recette propre des départements eux même compensés par une rétrocession de TVA dont le montant va inévitablement manquer au budget de l’État….. . Gribouille et son jeu de bouche-trou, au pouvoir.

Comment oser se permettre de critiquer un projet Universel (le Zimbabwé serait concerné), plus simple (les 1000 pages d’annexe sont pourtant incompréhensibles), plus juste et plus équitable (mais c’est bien sûr…), tous adjectifs mis en exergue dans la synthèse du projet Delevoye.

Comment expliquer certaines interpellations telles que

« Retraites : ce que le rapport Delevoye cache aux Français »

« Rendement, cotisations, réversion : les trois cachotteries du rapport »

« Réforme des retraites : les 10 points chauds du rapport »

« Rapport Delevoye : l’entourloupe de la réforme »

Même des structures plutôt favorables au principe de la retraite à points pointent de graves bouleversements et parle d’un « inquiétant visage du futur système » (voir le rapport de l’Institut de la protection sociale : https://www.institut-de-la-protection-sociale.fr/publication/evaluation-du-rapport-delevoye/ )

Bien évidemment le gouvernement et les médias aux ordres (nouveau pléonasme) cèlent ces critiques et haranguent le bon peuple sur les intolérables régimes spéciaux, c’est à dire un peu plus de 400 000 retraités sur un total de plus de 16 millions. Il y a certainement matière à réforme dans ces régimes spéciaux mais de là à en faire l’essentiel des motivations de la réforme ….!!!

Comme disait Martine Aubry en d’autres temps « quand il y a un flou, il y a un loup »

Elle ne croyait pas si bien dire. Arrive l’épisode obligatoire, légale et constitutionnelle de la consultation du Conseil d’État.

Dans un avis d’une particulière virulence, pour des magistrats habitués à la langue feutrée du Palais Royal, le Conseil d’État fusille à bout touchant le projet gouvernemental. Insécurité juridique par rapport à la jurisprudence du Conseil Constitutionnel, financement non assuré, renvoi à 23 ordonnances totalement inconnues, ne permettant pas une analyse exhaustive, bref, et malgré l’interdiction récemment votée, une mémorable fessée.

Faut également souligner que la valse hésitation autour d’un âge pivot devenu un âge d’équilibre avec une valeur du point renvoyé à une référence indiciaire à inventer ultérieurement ne plaidait pas vraiment pour la transparence devenue la marque de fabrique du macronisme.

On se rapproche plus de l’escroquerie de la pyramide de Ponzi que d’une définition claire, nette et précise du montant de la retraite à percevoir

Drapé dans sa toge impériale Jupiter et ses séides, soutenus par les Minions siégeant au Parlement, balaient d’un revers de main la contestation.

Celle exaspérée de la rue, pour habituelle qu’elle soit, et celle, plus critique et argumentée, de ceux chargés de dire le droit.

Après les gilets jaunes dont la braise revendicative couve encore sous ls ronds-points de France, on a vu apparaitre les robes noires des avocats jetées au pied d’une ministre encore plus échevelée que d’habitude, et ne ménageant pas sa peine pour énoncer quelques monstruosités juridiques, les blouses blanches des praticiens hospitaliers pourtant durement sollicités en ces périodes d’épidémie, les fracs noirs des musiciens, les tutus roses des danseuses et plus récemment les perruques poudrées des acteurs de la Comédie Française.

Beau camaïeu de couleurs représentatif de la colère animant le peuple Français.

Alors, pour détourner l’attention, on a sorti: 

les pratiques manuelles d’un insupportable putatif maire de Paris, 

la rigueur intellectuelle d’une ministre de la santé farouchement soudée à sa tâche le samedi soir et arpentant les terrasses chauffées des rues de Paris le dimanche matin

les âneries néo-ministérielles selon lesquelles le coronavirus aurait pu être mieux éradiqué sil n’y avait pas eu de réseaux sociaux 

Un florilège de contre-feux dont j’aurai rêvé laisser la description critique à Léon Bloy.

Et puis au détour d’un conseil des ministres extraordinaire à l’ordre du jour consacré, il n’est jamais trop tard pour bien faire, consacré donc à la pandémie virale asiatique, on apprend que reniant, une fois de plus ses propos antérieurs, le Premier ministre va faire application de l’article 49 alinéa 3 de la Constitution.

Pour la première fois dans l’histoire de la V° République cet article va être utilisé non pas pour ressouder une majorité chancelante mais pour museler l’opposition !!

On nous explique que c’est parfaitement constitutionnel. Je n’en disconviens pas. Puis-je me permettre de rappeler que le droit d’amendement est également, et heureusement, constitutionnel.

Ceci dit le père Edouard n’est pas sorti de l’auberge.

Son projet, dont d’ailleurs on ne sait plus trop rien, complété de 200 amendements, mais à ma connaissance non délibéré dans sa nouvelle mouture par le conseil des ministres, va aller se faire examiner du coté du Palais du Luxembourg.

Nul ne sait ce qu’ii en adviendra mais il faudra bien qu’il soit à nouveau soumis à l’Assemblée, et là, plus de 49-3, puisque pour ce genre de projet le 49-3 est un fusil à un coup par session parlementaire

Entre temps le résultat des élections municipales, et vraisemblablement la Berezina de LaREM, sera connu, disséqué, expliqué.

Ce serait désopilant si ça n’était pas si triste pour la démocratie.

  • prononcez Arr !!
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