La V° République à la dérive

Très rapidement, surtout après le referendum de 1962,  le pari institutionnel que la V° République proposait semblait des plus hasardeux. Un mélange de régime présidentiel et de régime parlementaire.

Régime présidentiel par l’élection du Président de la République au suffrage universel et régime parlementaire notamment par la responsabilité du gouvernement sous le risque de la question de confiance.

Les constitutionnalistes en ont écrit des pages et des pages.

Et pourtant ça fonctionnait

Un Président assurant par son arbitrage le fonctionnement régulier des pouvoirs publics, un premier ministre et un gouvernement déterminant et conduisant la politique de la nation, sous la censure éventuelle de l’Assemblée nationale, et un parlement bi-camériste votant la loi et contrôlant son exécution. Et également la possibilité de recueillir l’avis du peuple par le biais du referendum.

Une grande partie de la réussite du système, outre la qualité de ceux qui exerçaient le pouvoir, résidait à mon sens, dans le découplage de la durée des mandats. Sept ans pour le Président et cinq ans pour les députés et accessoirement un Sénat renouvelable par tiers tous les 3 ans.

Paradoxalement c’est pendant les trois périodes de cohabitation, qu’elle a montré sa grande solidité, malgré les tensions inévitables survenues entre l’Elysée et Matignon.

Unfortunatly, comme disent nos ex amis britanniques, c’est sous la troisième cohabitation Chirac-Jospin, que le hiatus est intervenu, le quinquennat.

Non pas que l’idée même de raccourcir le mandat présidentiel fut une mauvaise idée en soi, d’autant qu’un bon président peut en faire deux d’affilé, mais parce que, implicitement, en égalisant à cinq ans la durée des mandats du President et des députés, cette réforme tuait définitivement la possibilité de la cohabitation et rendait inévitablement caduque la sanction de la censure des articles 49 et 50 de la Constitution.

Désormais l’Elysée et le Palais Bourbon marchent d’un même pas au même rythme, sous la même férule.

Le premier ministre perd son rôle politique de chef de la majorité pour devenir un simple collaborateur, voire pour le dernier en date un simple factotum expliquant le mode d’emploi des décisions présidentielles, et tellement peu sûr de son leadership qu’il envisage lui même de déférer à la censure du Conseil Constitutionnel la loi qu’il fait voter à l’assemblée !!!! Il est d’ailleurs sous surveillance constante. Caméras et micros cachés ne servent plus à rien ! Il a accepté de partager la moitié de son cabinet avec celui de la présidence. Ses moindres états d’âme sont immédiatement transmis à l’Elysée.

Quand on évoque Georges Pompidou on pense au Discours de Rome. Quand on évoque Raymond Barre on pense à la création du groupe Arcelor. Quand on évoque Michel Rocard on pense à « la France ne peut pas recevoir toute la misère du monde ». Etc…Etc…

Quand on évoquera Jean Castex on pensera au premier Premier Ministre de la V° république qui aura interdit la vente des slips et autorisé celle des sapins de Noël

Quant à la majorité parlementaire, une partie a été recrutée sur CV, par un sectionneur qui intéresse de près la justice, et, l’autre partie, est venue du PS, avec armes et bagages, pour continuer d’assurer sa pitance. L’ensemble est fier de son amateurisme, et refuse, à l’évidence, l’autorité du premier ministre.

Naguère on pouvait gloser sur les godillots, aujourd’hui il n’y a plus que des porteurs de tongues !

Tongues et baillons assortis, d’ailleurs, car elle est particulièrement silencieuse, cette majorité, lorsqu’une partie de ses prérogatives, par exemple sur la politique de l’environnement, est confiée à une improbable convention citoyenne assez incompétente, mais bien cadrée par des « experts » dont l’indépendance d’esprit et l’objectivité n’étaient pas les qualités les mieux partagées.

Très à la mode ces conventions citoyennes que l’on voit fleurir un peu partout, pour donner l’illusion au citoyen que nous sommes toujours en démocratie et que son avis compte.

Au lieu, de ces montages de bric et de broc il eût été beaucoup plus simple de mettre en oeuvre la seule convention citoyenne qui vaille, celle qui est prévue par l’article 11 de la Constitution et qui s’appelle ……… LE REFERENDUM !!

Dans ce paysage institutionnel ravagé, qui n’a plus qu’une lointaine ressemblance avec l’original, le président de la République se meut sans vergogne et désormais sans rendre compte.

Un conseil sanitaire, au mode de désignation particulièrement opaque, dont il n’est tenu aucun compte rendu de ses débats et de ses conclusions.

Un conseil de défense théoriquement consacré à la défense du pays notamment grâce à la dissuasion nucléaire, et qui dorénavant couvre du secret défense les délibérations concernant les heures d’ouvertures des pissotières municipales ou la disponibilité des couches culottes dans les magasins non essentiels.

Et, désormais, régulièrement une intervention télévisuelle, genre la suite au prochain numéro, ou tout, et la contraire de tout, est dit. 

Où le pic de l’épidémie fixé à 9000 réa est désormais atteint à 4300.

Où il fait l’économie de 377500 morts puisque que désormais il n’envisage plus que 2500 morts.

Où il enjoint à la météo d’attendre au mieux le 15 janvier avant d’envisager de faire tomber la neige.

Où dans un pays, la France, qui n’a pas de culture propre, il se félicite de la réouverture des cinémas, des théâtres ou des librairies hautement nécéssaire à la vie culturelle.

Où 30 catholiques pourront prier dans une cathédrale de 3500 m2, pendant que les clandestins en situation irrégulière pourront occuper les places publiques françaises, sans masques et en plein confinement

Où la situation difficile de nombreux français, sur un plan économique comme physiologique, qui semble l’inquiéter, pourra néanmoins continuer de se dégrader par défaut de lieux conviviaux et festifs comme les bars et les restaurants.

Où les personnels soignants, naguère en grève, sont désormais loués et remerciés, ce qui ne coûte rien, alors que les primes promises ne sont toujours pas, pour la plupart, versées.

En bref, là où on pouvait attendre un discours de chef de l’État nous avons eu droit à la litanie d’un chef magasinier faisant l’inventaire de l’arrière boutique, étant entendu que le descriptif exact de l’inventaire devra être fait par le sous-chef magasinier de Matignon

Un grand numéro, la suite au prochain, de « Et en même temps »

La V° République est vraiment à la dérive. Craignons qu’elle n’aille se fracasser sur la solide irrésolution de nombre de Français de moins en moins enclins à en supporter plus !

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