La dose, mortelle, de proportionnelle

Il est de bon ton dans les milieux médiatiques de plaider pour un retour à la proportionnelle aux élections législatives, voire, cerise sur le gâteau au vote par correspondance.

Sous la troisième comme sous la quatrième République nous avons vu ce que donnait le scrutin proportionnel. Ça a fonctionné dans les quelques années qui ont suivies la guerre de 14 ou celle de 39 et très rapidement les dérives sont apparues. 24 gouvernements de 1947 à 1958, de durée très inégale ( 1 jour à 16 mois ). Des gouvernements démissionnant avant même d’être renversés. Bref un immobilisme politique inquiétant et nocif au développement du pays.

En 58, parachevée en 62, la V° république est une construction subtile d’équilibre entre un bi parlementarisme et un exécutif à responsabilité partagée. Un Président arbitre et un gouvernement qui gouverne.

Personne n’a eu à se plaindre de 1962 à 2002 de la manière, finalement équilibrée, dont les institutions ont fonctionné y compris pendant les périodes de cohabitation. Même le premier septennat Chirac, malgré une dissolution hasardeuse, n’a pas trop mal fonctionné.

C’est la période indépendance énergétique grâce au nucléaire, force de frappe, TGV, réseau téléphonique, Airbus avec l’Europe, et retour de la France sur la scène internationale.
Les choses se sont gâtées avec le quinquennat par une double phénomène d’un parlement entièrement à la botte du Président et un gouvernement qui expédie les affaires courantes en espérant ne pas trop déplaire au monarque élyséen puisqu’il ne craint plus la dissolution.

Ça avait un peu commencé avec un premier ministre collaborateur du président, selon la formule sarkosiste, complaisamment relayée par une presse qui aujourd’hui ne trouve rien à redire à la disparition totale de la fonction constitutionnelle du Premier ministre dont même le cabinet est aux ordres de l’Elysée.

Ça continue avec Hollande, et trois gouvernements en 5 ans, avec une assemblée où le PS et alliés ont une majorité relativement confortable mais avec un PS écartelé entre une foultitude de courants, chapelles et autres tendances ce qui conduit l’exécutif à une relative prudence.

C’est désormais l’apothéose avec Macron.

Premier président de la V° République élu avec la plus faible proportion de suffrages exprimés par rapport aux inscrits ( 80,44 % en 2007, 75,68 % en 2012, 65,97 % en 2017).

Un président qui n’est même plus arbitre mais qui décide de tout, tout seul, entouré de quelques conseils dits scientifiques, comités Théodule ou conventions, forcement citoyennes, qui n’ont aucune légitimité juridique, disant le lendemain le contraire de ce qu’il a affirmé la veille, niant à la fois la Nation, l’identité et la culture française, n’ayant pas de mots assez blessant envers les Français, réfractaires, alcooliques, illettrés, gens de rien, procureurs.

Essayant vainement de se donner une stature internationale par de piètres interventions où la communication prime sur le fond (Beyrouth, Algérie, Russie) le tout avec un gouvernement dont l’essentiel de l’activité consiste à autoriser la vente des sapins de Noël ou le repas de midi sur le poste de travail, et qui ne conteste même pas l’irruption envahissante de la commission européenne dans des domaines où le principe de subsidiarité devrait être respecté, tout juste capable de déclarer l’urgence pour certains projets de loi afin d’éviter un vrai débat démocratique, bien qu’ils aient été déjà largement dénaturés sous la pression de la rue et du politiquement correct.

Et je me garderai d’évoquer l’instrumentalisation de la justice parfaitement évoquée et dénoncée dans le livre de De Castelnau « La justice politique », ou l’amateurisme dont fait preuve le gouvernement régulièrement « retoqué » par le Conseil d’Etat sur ses projets de loi, le dernier avatar en date, étant celui sur l’écologie ……

Comment s’étonner dans ces conditions que la société ayant gravement le sentiment d’être dépossédée du droit à la parole, du droit à l’écoute, du droit au respect se lance dans la folle aventure des gilets jaunes ou dans la revendication du referendum d’initiative populaire, ou pire pour la démocratie, dans une abstention record aux élections.

Coté parlement ce n’est pas mieux. La majorité hétéroclite de 2017, certainement victime du réchauffement climatique, a fondu de 314 à 269 députés, (moins 45) et la mandature n’étant pas finie……. ??

Alors oui je plaide pour un retour aux sources de l’équilibre constitutionnel de la Constitution de 1958. Alors oui je plaide pour le retour au septennat avec un renouvellement parlementaire en cours de route pour éviter que le palais de l’Elysée ne se transforme en palais du bon vouloir, de la pleine puissance d’un président certes légalement élu (encore que …) mais dont la légitimité pose désormais de sérieux problèmes à la Nation.

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