S'il est vrai que la marque infaillible d'un mauvais règne est l'excés des louanges adressées au monarque, on sait ce qu'on doit penser de notre présent régime.

Jacques Soustelle

Patience, plus que ..
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Adoptée en 1958 par référendum du peuple français la Constitution Française, modifiée en novembre 1962 - élection du Président de la République au suffrage universel - est un mélange subtil de parlementarisme et de présidentialisme assez original.

Sauf trahison ou forfaiture le Président est intouchable. Sa prééminence s’affirme car il est le premier cité dans la Constitution. L’Assemblée Nationale, par l’adoption de la motion de censure, peut renverser le gouvernement mais en contrepartie le Président peut la dissoudre, le Sénat restant prudemment en dehors de la polémique - le référendum de 1969 prévoyant entre autre sa suppression est encore en mémoire.

Il s’est donc instauré une espèce de paix armée qui a notamment permis les périodes de cohabitation de Mitterrand avec Balladur et de Chirac avec Jospin. On a bien vu également les frondeurs de Hollande s’agiter sur les bancs lorsqu’il n’y avait pas d’enjeu mais retourner sagement derrière leurs pupitres lorsqu’il a été question de censurer le gouvernement Valls.

La réforme du quinquennat, en alignant le calendrier de l’élection présidentielle avec celui de l’Assemblée a commencé de dénaturer l’édifice. L’absence de respiration démocratique n’est jamais bon

Et maintenant Macron arrive avec sa réforme et toute la classe médiatique de s’extasier, parlant de manière abusive de réforme constitutionnelle alors que les vrais enjeux ne concernent que l’aspect institutionnel car ils dépendent de la loi, certes organique, mais pas directement de la Constitution.

Macron va introduire une dose de proportionnelle et diminuer le nombre de parlementaires ( députés et sénateurs)

Chouette dimanche on mange du poulet : aux hormones ? au grain? de batterie ? de plein air ? en sauce ? rôti ? en nuggets ? Peu importe ! Dimanche on mange du poulet .

Chouette en 2022 il y aura une dose de proportionnelle : Liste bloquée ? panachage ? système, complexe, allemand ? Par circonscription ? au niveau national ? plus fort reste ? plus forte moyenne ? Peu importe ! En 2022 il y aura une dose de proportionnelle fixée, au doigt mouillé, à 15%

Surtout ne demandez pas aux médias de vous expliquer.

En 1mn37 le spécialiste de la question, qui n’a jamais ouvert un bouquin de droit constitutionnel, va vous expliquer, graphique, pardon, infographie à l’appui, tous les mérites de cette réforme et se verra remercier par le présentateur vedette du JT par l‘irremplaçable « Merci pour toutes ces précisions «  et on passera rapidement aux sujets essentiels de l’actualité : la succession de Johnny, le mariage princier en Grande Bretagne et Trump. Surtout ne pas oublier de parler de Trump.

Dans la presse écrite, sans savoir quel mode de scrutin sera retenu, on nous assomme déjà de projection du nombre de députés de tel ou tel tendance.

On nous explique qu’en Europe c’est le système dominant, en gommant au passage les difficultés de constitution du gouvernement allemand, l’absence de gouvernement italien, et en Belgique, les 194 jours sans gouvernement entre 2007 et 2008, et, qui dit mieux, les 541 jours, 18 mois !!,  sans gouvernement entre 2010 et 2011. Un vrai parfum de III° ou de IV° République.

Et puis, autre sujet d’extase médiatique, la diminution, toujours au doigt mouillé, de 30% du nombre de députés.

Jusqu’à présent, la pratique démocratique et le Conseil Constitutionnel avaient veillé à ce que le nombre de parlementaires soit fixé à partir d’un ratio d’électeurs. En gros 100000 lecteurs plus ou moins 20% et au moins un député par département. Actuellement la moyenne arithmétique est de 82441 électeurs par député (47,5 millions d’électeurs / 577 députés)

Avec Macron on fait l’inverse. On détermine le nombre de députés, 404 - 60, sans se préoccuper de leur représentativité, la moyenne arithmétique se situera à 117 744. Aujourdhui, sur les 577 circonscriptions 229 sont plus peuplées que cette moyenne et sont forcement situées en zone très urbanisée.

On est assuré que la diminution à 404 députés, en fait à 340 élus au scrutin uninominal à deux tours, va considérablement accroitre cette tendance. Surreprésentation des zones urbaines au détriment des zones rurales. L’Ariège, le Cantal, le Territoire de Belfort n’auront-ils plus qu’un seul député ?

Et comment respecter le principe, devenu contradictoire, d’au moins un député par département. Est ce que la Lozère sera agglomérée avec un voisin pour respecter les ratios de population.

Et les mêmes spécialistes, sans plus de questions ou de réflexion, de s’éterniser sur les mérites de cette réforme. A les entendre et les lire on n’a rien fait de mieux depuis le traité de Cateau-Cambrésis ou depuis l’invention de la poudre par les Chinois.

J’ai même lu un article de comparaison avec nos voisins allemands, occultant totalement le caractère fédéral de l’Allemagne, et donc les pouvoirs considérables exercés par les élus des parlements des Länder, le journaliste additionnant de surcroit, pour la « pertinence" de son analyse, les députés et les sénateurs français alors que les seconds, n’étant pas élus au suffrage universel direct, ne représentent pas des électeurs mais des territoires.

En revanche rares sont les commentateurs qui redoutent une désaffection plus grande du citoyen à l’égard du politique engendrée par cette distance plus grande entre l’électeur et l’élu. Il y a déjà un élu LREM du Rhône qui dit « qu’il n’en à rien à faire de sa circonscription »

Encore plus rares ceux qui pensent que ces 15 % de proportionnel ne sont pas si bons que ça pour la démocratie. En effet malheur au(x) LREM qui pourraient envisager l’hypothèse d’une éventuelle possible fronde, ils seront désormais tenus en laisse. Lors de la constitution de la liste pour la proportionnelle il leur faudra prouver leur totale et indéfectible allégeance au seigneur de l’Elysée.

La Constitution de la V° République n’est peut-être pas parfaite. Elle a toutefois montré sa solidité et en même temps son adaptabilité au cours des crises qui ont jalonné son histoire depuis 1958.

Les tripatouillages que Macron veut introduire avec la proportionnelle et la diminution du nombre de députés, auxquels il faut ajouter la limitation du droit d’amendement me semblent largement porter atteinte non seulement à la lettre mais également à l’esprit de nos institutions.

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