S'il est vrai que la marque infaillible d'un mauvais règne est l'excés des louanges adressées au monarque, on sait ce qu'on doit penser de notre présent régime.

Jacques Soustelle

Patience, plus que ..
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Je ne sais pas pourquoi mais j’ai le sentiment, à la lecture de la lettre présidentielle, que l’on tente une fois de plus de nous enfumer.

D’abord sur la forme

Depuis 18 mois Manu nous explique qu’il a la légitimité pour agir, que les Français lui ont donné un blanc seing pour gouverner, qu’il sait exactement ce qu’il faut faire, qu’il va soumettre l’Europe et la monde à sa vision, qu’il fera fi des illettrés, des alcooliques, des fainéants, des réfractaires, des gens de rien, de ceux qui ne traversent pas la rue ou de ceux qui ne font pas d’effort, et que, quoique qu’il arrive il gardera le cap, le tout soutenu par les interventions pleines de finesse et d’intelligence des Schiappa, Grivaux, Le Gendre et autre Aurore Bergé. Pour cette dernière je propose d’inventer le mandat parlementaire à vie. Ce serait dommage de se priver de la pertinence de ses diverses saillies.

Et là, brusquement, une lettre de cinq pages dans le plus pur style techno, sans véritable élan, sans véritable empathie, sans coeur, sans formule de politesse finale, décidément trop intelligente et trop subtile comme dirait l’autre !!

Quelques formules creuses du style

« Chacun partage le destin des autres et chacun est appelé à décider du destin de tous"

ou encore

« Afin que les espérances dominent les peurs, il est nécessaire et légitime que nous nous reposions ensemble les grandes questions de notre avenir. »

Quelques approximations

« Chez nous, ceux qui travaillent financent les pensions des retraités » ce qui laisse supposer que les retraités vivent sur le dos des actifs …

« Chez nous, un grand nombre de citoyens paie un impôt sur le revenu » Le grand nombre c’est 48% et pire, 20% d’entre eux paient 80% de l’IRPP ….

Quelques provocations

« Les maires auront un rôle essentiel car ils sont vos élus et donc l'intermédiaire légitime de l'expression des citoyens. » c’est la raison pour laquelle il a snobé le congrès annuel de l’AMF et qu’il en a reçu 2000 à l’Elysée soigneusement sélectionnés par les Préfets ……

« Nous ne pouvons, quoi qu'il en soit, poursuivre les baisses d'impôt sans baisser le niveau global de notre dépense publique. » Sans commentaires ou plutôt : et si on organisait différemment notre dépense publique en supprimant par exemple de trop nombreux doublons 

Sur le fond.

Au cours de ses deux plus récentes interventions (10 et 31 décembre) Macron nous a resservi le même potage du « nous gardons le cap » et pour ce faire sa lettre encadre soigneusement les thèmes sur lesquels nous serons autorisés à poser des questions ou à proposer des réponses.

Il est à craindre que celles qui ne correspondraient pas à ce cadrage finissent aux oubliettes.

Le premier thème Impôts et dépenses publiques n’évoquent ni les 35 heures, ni l’âge du départ à la retraite alors que ce sont deux points essentiels dans la problématique du financement de notre modèle social.

Le discours est centré sur l’impôt et pas sur la fiscalité qui englobe, les taxes et autres prélèvements indirects. Pour 2500 euros de facture annuelle d’électricité 1500 de consommation et 1000 de taxes diverses et variées ….!!! Même constat sur mes factures d’eau !! Ceci dit la lettre est conforme au discours «  Les impôts n’augmenteront pas ….. en revanche les taxes !! »

et de toute manière « Nous ne reviendrons pas sur les mesures que nous avons prises… » alors qu’elles sont, pour certaines d’entre elles, à l’origine du ras le bol en jaune.

Le deuxième thème concerne l’organisation administrative 

Le mélange des genres « Y a-t-il trop d'échelons administratifs ou de niveaux de collectivités locales » ne me semble pas de nature à clarifier le débat et, modestement, j’aurais aimé y voir affirmer le principe de subsidiarité selon lequel une autorité centrale ne peut effectuer que les tâches qui ne peuvent pas être réalisées à l'échelon inférieur. 

Les services départementaux sont mieux à même de connaitre la dangerosité de certains tronçons de routes départementales, et d’en limiter la vitesse à 80 voire à 70 km/h, qu’un obscur fonctionnaire au fin fond de son bureau à Matignon ou à la Défense, qui prend une mesure générale et indifférenciée.

Quand l’Etat impose la coopération intercommunale avec des normes nationales quelques soient les spécificités des territoire concernés, cela donne en Corse la CC Pascal Paoli, 42 communes sur 4 territoires différents, 900 km2 ou celle de l’ouest corse, 33 communes, 914 km2 et 2 heures de route pour faire 79 km entre la commune centre, Vico, en pleine montagne et la commune la plus au nord-ouest, en bord de mer, Osani

Le troisième thème concerne la transition écologique avec le discours habituel d’un pays riche représentant moins de 1% de la pollution mondiale, évoquant les solutions, évidemment fiscales, pour remplacer une vieille voiture ou une vieille chaudière de la même manière qu’on nous a vendu, naguère, les pompes à chaleur subventionnées, le diesel subventionné, le tout-électrique subventionné ou les usines de méthanisation subventionnées pour maintenant nous vendre le solaire subventionné dont la durée de productivité optimale est inférieure à la durée d’amortissement, l’éolien subventionné productif pendant 20 % du temps, ou la voiture électrique subventionnée mais à rayon d’action limité, tout en fermant les centrales nucléaires, qui ne produisent pas de CO2, seules à même d’assurer notre indépendance énergétique. 

Pour mémoire le 10 janvier 2019 à 21 heures alors que la météo n’était pas particulièrement sévère nous avons frôlé la rupture de la distribution électrique en France à cause d’un problème d’équilibre entre l’offre et la demande au niveau européen. A 21 heure le solaire est au abonnés absents et le mistral et la tramontane étaient tels que l’éolien était à l’arrêt …..

Le quatrième thème aborde démocratie et citoyenneté 

C’est évidemment fait de manière biaisée. On ne demande pas « faut-il de la proportionnelle ? » mais « quelle dose de proportionnelle souhaitez vous ? » Comme si 10 ou 20% de proportionnelle allait changer quelque chose. Les élections municipales ou régionales se font sous un sytème qui « mélange » scrutin majoritaire et proportionnel le cas échéant avec une prime majoritaire. Est ce que pour autant le citoyen se sent mieux représenté ou ses aspirations mieux prises en compte. Je n’en suis pas si sûr. 

« Faut-il, et dans quelles proportions, limiter le nombre de parlementaires ou autres catégories d’élus? » et pour caresser l’opinion publique dans le sens du poil « Faut-il associer davantage et directement des citoyens non élus, par exemple tirés au sort, à la décision publique? »

Il y a pourtant une solution simple à ce problème. Dissocier la durée du mandat du Président de la République de celui des parlementaires. Reconnaitre une bonne fois pour toute que le quinquennat a gravement perturbé le fonctionnement régulier de notre démocratie.

Faut-il associer davantage et directement des citoyens non élus, par exemple tirés au sort, à la décision publique? Le loto des candidats, tirage tous les samedis soirs en direct à 20 heure animé par Cyril Hanouna …

Enfin et SURTOUT, SURTOUT éviter le retour à la proportionnelle qui a conduit la IV° république au chaos .

Le 10 décembre il avait souhaité un grand débat sur l’immigration question qui est largement au coeur des préoccupations des français malgré, ou à cause, de l’occultation dont elle fait l’objet depuis trop longtemps. 

Ce débat, renvoyé dans le thème de la citoyenneté et de la démocratie, est soigneusement encapsulé dans la proposition suivante « En matière d'immigration, une fois nos obligations d'asile remplies, souhaitez-vous que nous puissions nous fixer des objectifs annuels définis par le Parlement? « 

Rien sur les clandestins, rien sur les mineurs isolés, rien sur les fraudes diverses, rien sur les déboutés du droit d’asile jamais expulsés, rien sur l’insécurité que l’immigration régulière comme irrégulière fait peser sur certains quartiers. Aura-t-on un jour accès aux statistiques ethniques des embastillés ?

Rien bien sûr « sur le pognon de dingue » que coûte l’immigration irrégulière et clandestine

Rien non plus sur les questions de société qui pourtant agitent notre démocratie.

Bien sûr interdiction de revenir sur le Mariage pour tous ou les récentes dispositions pénalisant la critique de l’IVG.

Bien sûr la consultation sur la PMA pour toutes ayant été soigneusement caviardée interdiction d’en reparler.

Rien sur la sécurité. La simple intention d’aller manifester est désormais passible de garde à vue et de prison, Monsieur Castaner ayant inventé, sous le silence de Nicole Belloubet, la présomption de complicité. En revanche il n’est toujours pas possible d’intervenir préventivement contre les fichés S qui consultent régulièrement les sites internet appelant au massacre des innocents.

Rien sur l’ordonnance obsolète de 1945 sur la justice des mineurs, pourtant en 1945 on ne braquait pas son prof avec un flingue, on ne diffusait pas de vidéos filmées sous les jupes de mêmes profs, on n’attirait pas les pompiers et les forces de l’ordre dans des guet-apens, on ne participait pas au commerce illicite de drogue et autre pourvoyeur de paradis artificiels  et on ne violait pas en bande dans les caves des cités.

Le plus grave dans cette affaire ce sont les éléments de langage qu’apparemment les thuriféraires de LaREM sont chargés de diffuser sur les réseaux sociaux ou dans les commentaires ouverts aux lecteurs de la presse écrite.

Après les chemises brunes et la foule haineuse on a maintenant : «  les gilets jaunes, tous des imbéciles ne sachant pas lire, sans idées, passant leur temps sur les ronds-points, ne travaillant pas. Bref la lie plus ou moins alcoolisée de la société. »

Il y  a des paysans, des artisans, des aides-soignantes, des éboueurs, des ouvriers, des routiers qui triment plus de 35H par semaine, qui ne lisent ni Spinoza, ni les avis aux investisseurs des entreprises du CAC40 ni les subtilités du code général des impôts et qui, nécessaire à notre société, ont certainement autant, sinon plus, de bon sens, que nos germanopratins sirotant leur whisky 12 ans d’âge à la terrasse du café de Flore

Il a beaucoup été reproché à Macron son mépris pour les français. Cette violence verbale qui s’étale dans la presse ou les réseaux sociaux s’inscrit dans ce comportement

Je ne suis pas sûr que le déni de la crise profonde qui mine notre société, que ces propos suggèrent, soit la meilleure réponse a y apporter !!

 

Quelques citations

Pour « aérer » le débat je vous propose quelques citations dont je revendique évidemment la subjectivité

 

“Lire, c'est déjà le début du doute. C'est déchiffrer, lettre par lettre, mot par mot, toutes les incongruités des conceptions humaines.”

De Jean-Michel Wyl / L'Exil 

 

“Le destinataire d'une lettre a toujours un énorme avantage sur l'expéditeur. Il peut la lire et la détruire en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire.”

De Groucho Marx / Sa fille Miriam - 17 Novembre 1941

 

“Les lettres peuvent mentir et elles donnent de la durée au mensonge ; elles demeurent comme un témoignage contre vous ; elles vous font paraître encore plus déloyal que la parole.”

De Graham Greene 

 

“Tout l'art d'écrire des lettres est dans l'emploi de ces finesses opportunes, de ces nuances par l'effet desquelles on donne aux gens l'impression que l'on parle d'eux, tout en ne parlant que de soi. ”

De Paul Reboux / Le nouveau savoir-écrire

 

Il ne faut pas écrire de lettres trop longues, crainte que le lecteur ne les rende trop courtes. ”

De Adolphe d'Houdetot ; Dix épines pour une fleur (1853)

 

Ce qui manque aux lettres, c'est la sincérité. ”

De Alfred de Vigny ; Journal d'un poète (1835)

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